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Le Verfügbar aux Enfers

06 mai 2009

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Une opérette à Ravensbrück de Germaine Tillion, ethnologue et résistante française (1907-2008). Mercredi 6 et Jeudi 7 mai 2009 à 20h30, auditorium de Seynod (74).

Direction musicale : Sébastien BRUGIÈRE

Mise en scène : Christian TAPONARD

Costumes : Marie-Ange SORESINA

Chorégraphie : Stéphanie DONNET

 

Solistes : Ingrid BOISMOND, Elsa GANASSALI, Alice MATHIEU, Helena REVIL, Nadine ZANCHI , Sophie TERRIER  (Direction des solistes : Geneviève GERVEX)

Chœurs d’enfants du CPMA et de l’École de Musique de Seynod dirigés par Monique MOSCAROLA et Blanche LATOUR.
Une partie des costumes sont créés par une classe du lycée professionnel Germain Sommeiller à Annecy, sous la direction de Maryline BLANÈS.
 

Germaine TILLION a écrit ce texte lorsqu’elle était prisonnière à Ravensbrück, pour soutenir le moral de ses camarades de captivité. Elle a ainsi inventé des chants pour lesquels elle indiquait des musiques qui lui étaient familières et des dialogues d’une noire ironie. En se moquant de l’horreur pour mieux la raconter et la dénoncer, Germaine TILLION crée un univers fort et dérangeant ; elle choisit la forme de l’opérette pour mieux dynamiter son sujet et ne jamais être dans le registre de la déploration.

La découverte du texte de Germain TILLION, Le Verfügbar aux Enfers constitue une pure révélation. C’est un flot de lumière qui dévoile le pays des ombres et de la mort. Un exorcisme que cette femme exemplaire voulait offrir à ses compagnes de détention pour les amener à rire de leur indicible malheur, et de cette façon bien sûr à le nommer, ce malheur, afin d’essayer de le combattre…

C’est en ethnologue qu’elle conjure l’horreur des camps de concentration et qu’elle affronte le Mal absolu, le Nazisme à l’œuvre, négateur d’humanité. Ses qualités d’observatrice mettent à distance l’objet de son étude, et en même temps son empathie profonde avec tout humain en souffrance lui permet de construire de vrais dialogues de théâtre, vivants, drôles et émouvants.

Pour donner vie, sur un plateau de théâtre à cette Opérette-Revue à Ravensbrück, où le chant et la musique ont une place prépondérante, il faut partir de l’espace, ce lieu incertain où tout se joue, univers à la fois clos et ouvert, à la fois prison kafkaïenne et théâtre des peurs et des espoirs fous. Sur la scène d’une sorte de cabaret du néant, les Verfügbars - les « disponibles », condamnés à toutes les corvées les plus dures et les plus dégradantes - sont exhibés par le Naturaliste, cynique et dérisoire meneur de revue , sinistre relent d’un colonialisme arrogant. Celui-ci vient en effet faire une conférence sur ce peuple étrange et inférieur des Verfügbars. Autour, le monde est menaçant, le pire peut à chaque instant advenir et le sinistre bruit des trains de la mort interrompre brutalement les chants et la parole…

L’orchestre fait partie de cet univers et peut-être ce sont des gardiens du camp qui le composent, ou bien d’autres Verfügbars.

L’espace est un no man’s land, une salle désaffectée d’un improbable lieu d’enfermement et d’errance, entre gare désaffectée et hôpital réquisitionné pour devenir un centre de rétention.

Cet espace est saturé de lumière crue, trop blanche. Parfois arrivent des ambiances colorées, faisant des pauvres Verfügbars les acteurs d’une revue tragi-comique…

Le théâtre musical que propose Germaine TILLION demande aux interprètes la joie, la lucidité et l’ironie mordante sous-tendue de désespoir qu’elle prête à ses personnages. Il y a une dimension à la fois épique et cathartique dans son œuvre. On pourrait presque penser à la force dénonciatrice d’un Bertolt BRECHT ou à l’expressionnisme à la fois hypersensible et chirurgical d’un Franck WEDEKIND.  

Mais avant toute chose, c’est bien d’un acte de résistance qu’il s’agit avec cette pièce ; un acte de résistance pour survivre, pour préserver jusqu’au bout du tunnel cette part d’amour et de compassion qui nous fondent en tant qu’être humain, afin que l’impensable barbarie nazie ne triomphe pas de la beauté des âmes, car seule la dignité préservée peut être salvatrice…

Christian TAPONARD – Janvier 2009